NY Times Review

NY Times Review

A Sly Brand of Relaxation That Doesn’t Involve Leisure

G. Paul Burnett/The New York Times
By Nate Chinen
Published: May 22, 2008


Al Foster pulls off a neat trick as a jazz drummer, and it’s hard to say exactly how he does it. Like a number of his peers, Mr. Foster, 64, places his beat on the forward lip of any tempo, creating an irresistible pull. And yet his playing exudes a laidback feel, with plenty of room built in. To watch him in action, perched low to the ground behind several sharply angled cymbals, is to witness something like an expert golf swing. Mr. Foster is advancing his sly brand of assertive relaxation this week at the Village Vanguard, along with some transparently assiduous younger players: the saxophonist Eli Degibri, the pianist Gary Versace and the bassist Doug Weiss. On one level their engagement marks the release of “Love, Peace and Jazz!" (Jazz Eyes), the first album under Mr. Foster’s name in more than a decade, recorded last year at the Vanguard. On another level it’s just a gig, one more week in the life of a working band.

That’s not a bad thing, judging by the first set on Tuesday. Along with Mr. Foster’s supple pulse, it showcased the bedrock time of Mr. Weiss, a crucial counterweight, and the frolicsome inventions of the other players. Mr. Degibri in particular, playing tenor and soprano in roughly equal measure, assumed the natural role of frontman, investing most of his solos with a searching composure.

While “Love, Peace and Jazz!" features several sharp tunes by Mr. Foster, the set was composed of jazz standards, beginning with “So What" by HYPERLINK "Miles Davis, the most prominent of Mr. Foster’s former employers. The quartet managed to make that theme feel less overplayed than it is, through sheer effervescence. Later the same thing happened with “Take the A Train," Billy Strayhorn’s well-worn calling card for Duke Ellington, and “Cantaloupe Island," a familiarly vampheavy Herbie Hancock tune.

More rewarding, though, were "Dizzy Gillespie’s “Con Alma," with a strong solo by Mr. Weiss; “Peace," a Horace Silver ballad that inspired an eloquent essay by Mr. Versace; and Wayne Shorter’s “E.S.P.," which nudged Mr. Degibri onto some harmonically uncertain terrain, with intense results. Through it all, the group maintained a flexible cohesion, and its leader kept things briskly moving, one way or another.

Al Foster Quartet plays through Sunday at the Village
Vanguard, 178 Seventh Avenue South, at 11th Street, West
Village, (212) 255-4037, villagevanguard.com.
Paris Le Monde Review

Paris Le Monde Review

Le sourire d'Al Foster au Sunside

Le Monde.fr | 14.04.2013 à 19h16 • Mis à jour le 14.04.2013 à 20h06
Par Francis Marmande


Au Japon, on le nommerait, on le nomme, Trésor National Vivant. Il s'appelle Aloysius Foster et tient à le dire au micro. Il est né à Richmond, Virginie, en 1944, le 18 janvier. Il a une bobine de second rôle pour un film de Melville. Les musiciens l'appellent "Al Foster". C'est un génie placide. La batterie placée très bas. Des cymbales au diamètre outrecuidant. Un jeu de mains, un jeu de poignets, de balais, de baguettes, à fondre. L'art de danser la chanson toute. Dans tous ses possibles, toutes ses résonnances, avec joie, sans fioriture aucune. Tout au contraire. Au centre des cuivres et des peaux, on l'aperçoit, lui, Al Foster. Il ne cherche nullement à apparaître, un sourire à mourir derrière quoi il disparaît. C'est tout.

Il s'appelle Al Foster, et plutôt que de déclarer le déclin, le passé, la mort ou que sais-je, du jazz, on devrait courir le voir d'urgence. Car la musique que dégaine Monsieur Aloysius Foster se voit à l'œil nu. Son air de voyou sincère et d'amant du tempo.

À ses côtés, trois jeunes gens, il insiste sur leur âge, trente ans de moins que lui, Adam Birnbaum au piano (il semble un enfant sage, il est formidable) ; Doug Weiss aux airs très classe (contrebasse) et Eric Alexander, ténor sax plus qu'intéressant. Aloysius Foster s'excuse d'être un peu pompette, ce qui ne se voit pas, et les célèbre comme il fait chaque fois qu'il présente ses partenaires à Paris. Car, il faut le savoir, il ne s'arrête à Paris que si un club comme le Sunside/Sunset l'invite entre deux tournées (Allemagne, Italie, etc.). Sinon, c'est une honte, personne ne s'intéresse plus à lui.

Treize ans chez Miles Davis, une encyclopédie de groupes et d'enregistrements aux côtés des plus grands – Sonny Rollins, McCoy Tyner, Jackie McLean, Joe Henderson, bla bla bla – n'impressionnent assez personne en France pour présenter Aloysius Foster, dit Al Foster, en gloire. Signe intéressant des temps, parfaitement concordants avec les temps qui courent. Sachez-le, c'est un pur scandale.

D'un autre côté, voir, considérer, admirer, Al Foster en club, afro-américain de base né en Virginie, phénoménal mathématicien des rythmes, pur satrape d'honneur de la pataphysique du jazz romantique en voie de disparition, est une chance. Autant ne pas se priver.

Donc, on n'ira pas pleurer. Al Foster est en ville. Il présente trois gaillards qui passeraient partout, ici même, pour des pousses de génie. Réincarnations de Coltrane, clones de Charlie Haden, de purs miracles insensés. En réalité, ils savent jouer. Ce vrai savoir simple est oublié. Ils savent qu'ils jouent pour lui, et lui, Aloysius Foster qui se prétend un peu ivre, il joue comme s'il devait mourir demain, le sourire accroché aux lèvres. Pour qui aurait aimé la musique. Pour qui aurait aimé cette musique aussi. Pour qui irait croire que plus personne ne la joue, il suffit de se rendre.

Se rendre en club, regarder ébahi chaque caresse animée sur la caisse claire, chaque gifle intéressante sur les peaux, chaque claquement sec en bord de caisse, cette dynamique (ce "drive") qui emporterait sept fusées à Kourou d'un coup, et se dire que la vie, à ce point du jeu, existe. Et finalement, se rendre.

Se dire que la vie existe, sans virtuosité nunuche, sans solo stupide, sans bombardement bêtasson : dans l'événement de la joie pure. La joie de la science. Bien entendu, par temps de morosité choisie, voulue, entretenue, on peut s'en passer, ignorer, passer à autre chose. Ce ne sera que trop dommage. Monsieur Aloysius Foster, dit Al Foster, est en ville, et l'on fera plus tard comme si ce n'était pas arrivé. Ou, pis encore, comme si nous étions un million à l'avoir vu, parce que nous étions si malins, n'est-ce pas ?